Etudes éthyliques - Bande son : Les Vieux

- OH, le symbole chimique des alcools.

En chimie, l'alcool est une fonction.Biere
En sociologie, l'alcool peut avoir une fonction.
En chimie, l'alcool est un poison.
En psychologie, l'alcool peut être une addiction.
En chimie, l'alcool est une liaison.
En famille, l'alcool peut être une tare, une destruction.

On peut fabriquer de l'alcool avec tout ce qui comporte du carbone.
L'alcool de bois, c'est du méthanol ; ça défonce la gueule, mais surtout, ça rend aveugle.
L'alcool de céréales, l'alcool de fruits, de raisin a fortiori, c'est de l'éthanol. C'est celui là qu'on boit.
L'alcool de patate. Mfff. Comment dire ? C'est pour les pauvres, c'est pour le froid, c'est pour les Russes.

Du poison donc. Sciemment, méthodiquement, on s'inocule du poison en intraveineuse : les copains rigolent et applaudissent.
Les effets à long terme, on les connait. Peu ou pas assez. Personnellement, je m'en fous. Je me dis comme tout le monde que le cancer du foie tombera sur un autre. C'est les vrais buveurs qui méritent ça. Moi je suis jeune, c'est pas une ou deux bières chaque jour qui vont me tuer, et ceux qui veulent m'empêcher de boire sont des pisse-froid. Ceux qui ne boivent pas, ceux là aussi, c'est rien que des pisse-froid.

Les effets à court terme ? Ah ça oui, je les connais bien. Toi aussi. Aller jusqu’à perdre ma dignité ? Jusqu’à me perdre moi ? C’est ce que je recherche. L’alcool : ce fut notre première porte de liberté, notre première occasion de dire merde au monde, de croire qu’ailleurs, il y avait autre chose. Ça n’a pas suffi.
On est rentré minable, défait, dégoulinant, à vomir tout notre soûl dans une porcelaine Jacob Delafon, à se vomir soi. A se dire que c’était la dernière fois, et que merde, l’alcool, c’était pour les moins que rien, c’était pour les cons. On s’est détesté. Ça n’a pas suffi.

On a abandonné la Kro et découvert la bière blonde de luxe, puis la bière de garde. La bière belge, puis le whisky. Sans coca, puis sans glace. Pour faire comme Papa et Maman, le vin rouge est venu remplacer le rosé du Pays de l’Aude, le Bordeaux a remplacé le vin de Loire, parce que c’est plus cher, et le Bourgogne a remplacé le Bordeaux parce que, parait-il, c’est meilleur. On s’est lancé dans le terroir, dans le grand cru, dans l’inconnu, parce que justement ça faisait connaisseur et qu’on en avait marre de ces types qui achètent toujours la même bouteille de Roche Mazet. Ça vous rappelait trop vous, avant, quand vous étiez jeunes et que vous n’y connaissiez rien.

En soirée, vous vous êtes mis au rhum. Juste les mojitos, parce que les mélanges, paraît que ça donne la gueule de bois. Vous avez regardé The Big Lebowski et vous vous êtes découvert une passion pour le russe blanc, parce que y’a pas à dire, c’est rudement classe. Puis vous avez maté Un Singe en Hiver avec Gabin et Belmondo parce que les frères Coen, décidément, c’est trop mainstream, et vous vous êtes découvert « prince de la cuite ».

Au fond, toutes vos soirées se ressemblent. Juste un verre, comme ça, pour commencer. Pas nécessaire. Et puis tout le cubi y passe, parce que vous avez déjà essayé de faire la fête sans alcool et qu’honnêtement, c’était moins drôle.

Et puis le soir vous êtes seul. Vous êtes toujours jeune, et puis vous avez toujours cette bouteille d’Aberlour 15 ans d’âge que votre père vous a offert pour vos 25, parce que maintenant vous étiez adulte et que c’est le genre de cadeau qu’on offre à un adulte.

Puis maintenant vous êtes vieux. Votre père est mort, votre bouteille est vide, vous avez le cancer du foie et vous vous souvenez de vos cours de chimie.

- OH, le symbole chimique des alcools. Poison. 

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