J'ai toujours révé d'être voyageur

J’ai toujours rêvé d’être voyageur, mais je ne suis qu’un simple touriste. P1020251

Je dis que j’aime partir à la découverte du monde, à la rencontre de l’humain, de l’autre, mais dès qu’un autochtone fait mine d’engager la conversation, je fuis. Au fond, je n’aime rien de plus que rester seul avec moi-même, au contact de sentiers maintes et maintes fois battus.

J’ai toujours rêvé d’être voyageur, mais je ne suis qu’un simple touriste.

J’ai visité Bombay, Dubaï, Mumbaï et puis Lima. J’ai descendu le Yank Tsé, l’Amazone, le Nil et la Volga. Je n’en suis pas rentré plus sage, non, je n’y ai rien appris : la seule chose que j’ai partagée, c’est des photos sur mon appli.

J’ai toujours rêvé d’être voyageur, mais je ne suis qu’un simple touriste.

Je ne suis pas explorateur : je refais le routard page à page pour savoir s’il dit vrai. Finalement, je me retrouve dans les mêmes hotels et les mêmes restos que les autres français, ce même guide (ou un autre) ouvert sur leur table. Ils ont emmené tous leurs chiards pour leur faire découvrir le monde : regarde comme c'est drôle ! Ici on bouffe avec les doigts ! Regarde ici, ils sourient tout le temps, ils disent tout le temps merci ; comme ils ont l'air bête ! Voilà, en deux repas et trois clichés, ils vous résument l'Inde ou la Chine. Les couleurs, les odeurs, et tous ces stéréotypes. La pauvreté des sentiments, la pauvreté de l'expérience, qui, lorqu'ils vous racontent leur Odyssée, vous enferme dans une suite pathétique de lieux communs. Une fugace impression. L'impression d'avoir été, juste une seconde ou deux, l'égal de Marco Polo. Je suis comme eux.

J'ai toujours rêvé d'être voyageur, mais je ne suis qu'un simple touriste.

Le but n'est plus d'avancer, de cheminer, de trébucher jusqu'à une éventuelle ou inatteignable destination. Non, le but maintenant c'est d'y être. Le but n'est plus de remplir une vie. Non, le but est de remplir une liste des choses à avoir vues, des choses à avoir fait. Etre arrivé, ne plus être en mouvement. Je me mens, car le voyage n'existe plus. Avant, le voyage était une durée, une ligne gravée dans le temps. Maintenant c'est un point : il est figé. Etre en voyage, c'était être en état d'inertie, prêts à ce que la prochaine rencontre transforme notre trajectoire, nous transforme nous. Maintenant, être en voyage, c'est être immobile, être un bloc de marbre. C'est être mort, spirituellement mort.

J'ai toujours rêvé d'être voyageur, mais je ne suis qu'un simple touriste.

Je travaille 46 semaines par an pour aller prendre des photos à l'autre bout du monde les 8 semaines restantes. La muraille de Chine est carrément plus kiffante avec ma gueule dessus. J'ai tout vu, tout franchi, mais je reste inchangé. A quoi me sert alors de voyager ? C'est comme si j'avais tout lu, mais que je ne connaissais rien. Incapable de parler. A peine rentré, je prévois mon prochain "séjour", mes prochaines vacances. Justifier mes prochains RTT. Après tout, je me donne du mal pour les gagner.

J'ai toujours rêvé d'être voyageur, mais je ne resterai, à la fin, qu'un simple touriste.

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