J'aime la viande

J’aime la viande.

J’aime le fumé du rôti de bœuf, le gras du saucisson pur porc, la sensation de la peau du poulet qui craque sous les dents, la rosette au poivre et la viande des grisons. J’aime mordre dans un énorme hamburger, en arracher goulument un morceau, le mastiquer, sentir la sauce couler le long de mon menton, se mélanger à la saveur de la mayonnaise et des oignons.

J’aime le cheval. C’est un plaisir coupable pour certains, j’en suis conscient, mais je n’y peux rien. Tout cela est peut-être dû à l’enfance, en tout cas, j’aime le cheval. Le steak tout simple, avec un morceau de beurre d’ail juste fondant sur le dessus.

J’aime le poisson. Cru ou cuit. Je raffole des sushis. Rien ne vaut un sushi de thon rouge. Juste une lamelle, délicatement prélevée dans la chair la plus tendre. Un soupçon de wasabi, du riz légèrement collant, et vous atteignez la cime du raffinement.

J’aime les huitres. La demi-douzaine fraîchement récoltée dans une bourriche, dégustée sur le port à 11h du matin, un verre de blanc sec dans une main et des citrons dans un sachet plastique.

Je suis un viandard. On ne pourra pas m’enlever ça : j’aime la viande. Pourtant, depuis maintenant 11 ans, je suis végétarien. Depuis maintenant 11 ans, (je me souviens, c’était en avril 2005), j’ai sciemment évité de manger de la viande, du poisson, des crustacés.

Je ne vous expliquerais pas ici les raisons qui m’ont poussé à faire ce choix, et si vous-même n’êtes pas végétarien, je ne tenterais même pas de vous persuader que vous faîtes erreur. Mieux, je ne chercherais même pas à vous insulter. C’est votre position, et ça vous regarde.

Pourquoi m’exprimer alors, et pourquoi maintenant ?

hachis parmentier végétarien - Rye (UK)

Ces derniers temps, le végétarisme est un sujet très présent dans les médias. La diffusion de vidéos d’abattoirs soulève des questions et des réactions sur la souffrance animale, sur la viande, et bien entendu sur le végétarisme. J’ai lu toute sorte d’avis, toute sorte d’articles, et bien entendu toute sorte de statut facebook sur le sujet. Des pro-végétarisme comme des pro-viande : cela allait de la propagande pure à l’insulte à peine voilée. Tout cela ne me dérange pas, je suis assez mal placé pour vous reprochez d’utiliser votre mur comme outil de publicité.

Laissons la passion et le débat de côté : si vous avez une approche sociologique des choses, je souhaite ici vous faire partager le quotidien d’un végétarien en France. Un parmi d’autres. 

Premièrement, les motivations à devenir végétarien peuvent être multiples. Je ne suis pas particulièrement révolté par la souffrance des animaux (antispécisme). Je ne dirais jamais que l’homme a été programmé pour être herbivore (anthropologie). Je ne pense pas non plus que je vivrais forcément plus longtemps qu’un type qui bouffe de la viande à tous les repas (santé). Je ne suis pas devenu allergique à la viande (diététique). Je n’ai subi aucun traumatisme. Mes motivations sont ailleurs (ça pourra faire l’objet d’un autre article, mais ce n’est pas le sujet ici).

Deuxièmement, le végétarisme, ce n’est pas une communauté. Je ne me réunis pas avec d’autres végétariens pour organiser des grands messes autour de la courgette, je ne cherche pas à nouer contact avec des végétariens, je ne vais pas dans des lieux uniquement fréquentés par des végétariens. Il n’existe pas (pour l’instant), de lobby végétarien capable de faire pression financièrement ou politiquement sur la promulgation de futures lois. Parmi mes amis et connaissances qui se déclarent végétariens, 90% sont des femmes, et les autres s’appellent tous Benjamin (véridique). Entre nous, nous n’échangeons pas sur le sujet et nous ne débattons pas sur nos motivations. Nous ne mangeons même pas les mêmes choses, et je crois que nous ne sommes même pas d’accord. A titre d’exemple, j’ai beaucoup de mal à m’entendre avec les stricts végétaliens (les personnes qui ne mangent aucun produit issu de l’animal : viande mais aussi œuf, lait et miel).

Troisièmement, quand on remarque que je suis végétarien, certains me disent : « Moi je ne pourrais pas être comme toi. J’aime trop les plaisirs de la vie. Je suis un épicurien ».  Alors… une bonne fois pour toute… Epicure était végétarien ! Et pas vraiment porté sur l’alcool, les putes et la ripaille. Laissons-le donc reposer tranquille dans son jardin. Si pour vous, l’important dans la vie c’est se baffrer, baiser et picoler, dîtes que vous êtes hédonistes. Ça vous rapprochera un peu plus de la réalité, et vous ne courrez pas le risque de citer un auteur que vous ne connaissez pas. Moi aussi j’aime les « plaisirs de la vie ». On peut tout à fait être végétarien et manger gras, sucré, salé. Je ne suis pas frustré par mon choix, et je ne le regrette jamais. La viande ne me manque plus.

Quatrièmement, je dois avouer qu’être végétarien dans un pays comme la France, ce n’est pas ce qu’il y a de plus évident. Déjà, au niveau du vocabulaire : pour beaucoup de restaurateurs, être « végétarien », c’est synonyme de « ne pas manger de viande rouge ». Quand je dis « je ne mange pas de poisson », on me répond « ah, c’est pas végétarien, c’est végétalien dans ce cas ! » … Comment dire… Y a un truc génial quand on hésite sur une définition : c’est le dico. Parfois, on me propose du crabe ou du poulet.

La société française est terriblement en retard sur la prise en compte des régimes alimentaires spéciaux. A contrario, faîtes un tour de l’autre côté de la Manche : tous les produits sont étiquetés « veggie », « vegan », ou « gluten free » (et aucun doute sur les définitions). Vous ne prenez pas trois heures à faire vos courses. Chaque pauvre Pub dans le trou le plus reculé d’Angleterre ou d’Irlande vous propose une alternative végé (exemple sur la photo, hé oui, c’est végétarien). Pour raisons professionnelles, je mange au restaurant entre 5 et 10 fois par semaine : bien souvent, la carte se résume à « la salade de chèvre chaud ». La même partout, avec ses pov’ morceaux de buches Soignon bien dégueulasses. Honnêtement, la majorité des brasseries n’ont aucune originalité.

La France compte moins de 3% de végétariens ou pseudo-végétariens déclarés (contre plus de 10% en Italie, et entre 5 et 10% en Allemagne ou au Royaume Uni). Cependant, ces dernières années, de plus en plus de personnes expriment la nécessité de trouver des produits végétariens. Une preuve simple : l’offre en grande surface augmente, notamment avec les gammes Carrefour, ou M&S Food. Les groupes alimentaires commencent à comprendre qu’il y a un filon, et qu’ils peuvent se faire de la maille pour pas cher. Et oui, plus il y a de consommateurs potentiels, plus il y a de biens à consommer.

En somme, plus il y aura de végétariens, et plus il sera facile de le devenir. C’est plutôt encourageant. Même si vous préférez les steaks.

Commentaires (2)

umdp

Haha, merci beaucoup. ça et les omelettes frites salades, non ? on devrait faire une liste.

Alex
  • 2. Alex | 13/05/2016

Je ne te connais pas, je ne connaissais pas ton blog, mais c'est juste un article parfait qui résume exactement et dans le détail tout ce que je pense. Et je bouffe aussi 2 ou 3 fois par semaine de la salade de chèvre chaud bordel.

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