La Cité Idéale

Le mois dernier, j’ai enfin pu réaliser un rêve qui me tenait franchement à cœur depuis plusieurs années. Au détour d’une escapade en Picardie, j’ai visité le familistère de Guise. Je sais, certains rêves font plus envie que d’autres... mais moi j'étais vraiment content. Attendez de lire la suite.

A Guise (ici, on prononce « gu-ise » comme dans « huit » ou « cuite »), à Guise donc, l’entrepreneur Jean-Baptiste André Godin (1817-1888) a rendu concret le fantasme de nombreux philosophes humanistes : la cité idéale. Une utopie réalisée.

Le nom de Godin vous dit quelque chose ? Les cheminées ? Oui, vous êtes sur la bonne voie.

Le familistère, également appelé Palais Social par son créateur, n’est pas un bâtiment. C’est un quartier entier. Un quartier de briques rouges sorti de terre au beau milieu du XIXe siècle : un ensemble destiné à accueillir les ouvriers des fonderies Godin et leurs familles. Le site de Guise est organisé en deux grands pôles répartis de chaque côté de l’Oise, la rivière qui traverse la ville.

D’un côté, on retrouve l’usine : c’est le cœur du complexe industriel Godin. Les fonderies, qui utilisent les eaux de la rivière et le fer des régions voisines, fabriquent en série des poêles à bois haut de gamme en fonte. Bien entendu, l’usine fut le premier pôle finalisé du grand projet imaginé par Godin.

Grâce aux revenus de son usine, Godin fit d’abord réaliser un premier bâtiment d’habitation, plutôt modeste par la taille, juste à côté de la fonderie. Puis, l’entreprise devenant florissante, il entreprit de bâtir le second pôle de son projet : le familistère à proprement parler. De l’autre côté de la rivière, Godin fit construire un pôle de vie, immense espace qui comportait trois bâtiments à usage d’habitations, une école, un marché à prix coutant (à peine croyable !), une laverie, un théâtre, une buanderie, des douches et une piscine, des champs et des jardins.

Godin avait dessiné lui-même les plans du Familistère. Progressiste sous bien des angles, il n’avait rien laissé au hasard. Inspiré par les écrits de Charles Fourier, et issu lui-même d’un milieu modeste (son père était artisan-serrurier), Godin voulait que  les unités d’habitations favorisent les rencontres et la mixité sociale. Elles se constituent (oui, cette phrase est au présent, parce que oh joie, tous les bâtiments existent encore), de quatre niveaux d’appartements qui donnent tous sur une cour intérieure. Cette cour, d’une centaine de mètre de long sur trente de large, est couverte par une toiture de verre.

En route pour le Familistère

Selon la philosophie sociale de Godin, chaque familistérien devait avoir accès aux ressources naturelles, et leur répartition devait être égale. Ainsi, au bout de chaque couloir d’habitation, se trouvait des lavabos communs, où l’on pouvait laver sa vaisselle et faire sa toilette. Par un astucieux système de machine à vapeur, l’eau courante était distribuée à chaque étage. Oui, il n’y avait d’accès à l’eau dans les logements, mais pensez-y, nous sommes en 1860 ! (Si on compare à la campagne de 1950, mes grands-parents avaient encore leurs toilettes au fond du jardin, et pour ce qui de l’eau courante,…).

Chaque appartement était traversant. Pourvu de deux grandes pièces de 11m2, et d’un cagibi, ils pouvaient accueillir une famille de cinq personnes. Là encore, 24m2 pour 5 personnes, à l’époque c’était énorme : on ne possédait pas beaucoup de meuble (une table pour manger, une armoire, un seul lit et des paillasses pour les enfants, et encore…).

Comme il n’y avait pas d’ascenseur, les appartements du troisième étage étaient réservés aux jeunes couples, ceux du milieu aux familles, et ceux du rez-de-chaussée aux vieillards. Au fil de votre vie au familistère, vous déménagiez pour vous rapprocher peu à peu du sol… et de la fin : la rotation permettait de changer de voisins, et de ne pas s’attacher au matériel. J’ai oublié de le préciser : les salariés de l’usine devaient verser un loyer pour habiter ces appartements. Loyer qui retournait dans les caisses du familistère, et était réinvestit dans les équipements. Pour un ouvrier, il n’y avait bien sûr aucune obligation d’habiter au familistère.

Mais les appartements du bas me direz-vous, ils devaient être sacrément moins lumineux, non ? Et bien non ! Godin avait conçu la taille des fenêtres de telle manière que chaque familistérien reçoive la même quantité de lumière par jour : plus vous montez dans les étages, plus les fenêtres sont petites.

Je ne détaillerais pas plus les équipements du Palais Social. Sachez juste que la buanderie et la piscine couverte étaient gratos, et vu qu’on utilisait le circuit de refroidissement de l’usine, l’eau était chaude.

Quand on visite le familistère, on est frappé par la cohérence, la taille et l’avant-gardisme de l’œuvre de Godin. Dans l’organisation et la gestion, tout devait permettre à l’ouvrier se s’élever socialement, sur le plan culturel comme financier. Godin abhorrait le capitalisme et le clergé (ce qui lui valait bien des critiques, même au sein des ouvriers). Pour lui, puisque c’est l’ouvrier qui produit les richesses, c’est à lui d’en retirer le fruit. Peu à peu, il avait permis aux familistériens de devenir co-gérants de l’usine (et du familistère), si bien qu’à sa mort, il n’était plus propriétaire de la société qu’il avait fondée : le familistère était autogéré sous forme de coopérative.

Que s’est-il passé suite à la mort de Godin, et qu’est devenu le familistère ? Je vous laisse le découvrir par vous-même. Peut-être, suite à votre visite, repartirons-nous avec les mêmes espoirs et les mêmes questionnements :

La cité idéale n’est-elle qu’un rêve de philosophe ? Une métaphore à visée pédagogique ? 
Est-il encore possible d’imaginer une société qui réussit pour le bonheur social de tous, plutôt qu’une société qui réussit pour le bonheur des uns par rapport aux autres ? Sommes-nous prêts à l’accepter, et au prix de quelles concessions individuelles ? Sommes-nous tant suspendus à nos honteux privilèges ?

Dans les couloirs du familistère, on s’aperçoit que l’expérience est encore possible. L’utopie existe. Elle peut fonctionner. Je l’ai vu.

Commentaires (6)

vdanoft
  • 1. vdanoft | 24/03/2017
ydoneu best price buy levitra wbecausec
tdcob
  • 2. tdcob | 21/03/2017
scontinuedb http://antibioticanada.com zspokeni buy zithromax
jrter
elooksw cialis coupon
ffoundx cialis cost
rzSnino
qnearlyk http://canphv.com
krepeatedj http://canphv.com
tater
cdeathi enter here
istoodk http://buycialis24ph.com
Nasti
  • 6. Nasti | 30/03/2016
Ça donne envie d aller y faire un tour pour se rendre compte encore mieux! :*

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau