Plus loin vers l'Ouest

Samedi dernier Lille. Lundi Paris. Ce soir Rennes. Demain Lille. Lundi prochain Bordeaux.

Les villes se suivent à ce point qu'elles finissent par toutes se ressembler. Je débarque dans cette cité de l'Ouest et je ne reconnais pas la gare. N'était-ce pas celle de Bordeaux ? Où est le tram ? Il n'y en a pas ici. C'est un métro. Deux lignes ? La A ? La B ? Non, juste une, la A. Y'a pas de B. C'est stupide. Pourquoi l'appeler A s'il n'y a pas de B ? On dit bien le "pape François" tout court, tant qu'il n'y a pas de deuxième.

Débarquer dans cette ville et y regarder les panneaux verts des grandes directions. St Malo, Vannes, Lorient, Brest. Un peu plus loin vers l'Ouest. J'aimerais être là-bas. Putain, ça n'a pas de sens : si j'étais là-bas, je me ferais chier comme ici. J'envierais déjà la prochaine ville, la prochaine étape, le prochain panneau vert.
Je réalise que ce n'est pas tant la destination qui me fait envie, mais le déplacement.

Le train traverse des bourgades anonymes au nom pourtant connu. Le Mans. Laval. J'ai envie de descendre ; et finalement, quand il arrive à bon port (bizarre pour un train), je sais déjà que le voyage est fini. Pourtant, plus la cible se rapproche, plus mon excitation grandit. Au moment où la sonnerie retentit et où le haut parleur déclame "Mesdames et messieurs dans quelques instants nous arriverons en gare de Rennes", j'atteins le climax.
Comme un chien de Pavloff, je salive au simple son du jingle SNCF ; et dès mon premier pas sur le sol de Rennes, je me rends compte que je n'y connais personne, que je n'y ai jamais connu personne, et que ceux que j'aurais pu y connaître ou que je connais ailleurs dans un autre temps, le présent, n'y habitent plus.

C'est comme si je visitais une carte postale de leur passé. Vous reviens alors ce sentiment affreux : la nostalgie des époques que vous n'avez pas vécues. Vous rencontrez quelqu'un, il vous raconte sa vie, et vous vous dîtes que vous auriez bien aimé le connaître avant. Impossible dans votre espace-temps, à moins d'avoir vécu à la même époque, au même endroit. Impossible donc.

Vous repassez par ces places, ces rues, et vous vous dîtes : "hey, tu te souviens quand ... ?" mais vous ne vous en souvenez pas, parce que vous ne pouvez pas vous en souvenir.
Vous, pendant ce temps, vous viviez votre propre vie. Certainement aussi intéressante, certainement aussi vivante. Certainement pas. Tout vous semble plus juste, plus simple, plus beau dans le passé des autres.

Vous, pendant ce temps, vous étiez à l'Ouest. Un peu plus loin vers l'Ouest.

saint malo

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