Nuit (2005)

Elle prend possession de mes rêves. Alors que la barque du dieu soleil s'enfonce vers une mort temporaire, le monde qu'il baignait de sa tendre chaleur se vide des étres qui l'étouffent. Ils ont pris l'habitude de dormir. Un autre monde s'éveille alors qu'apparaissent déja les premieres étoiles. Elles seront les guides des voyageurs d'un autre temps.

Alors que la soleil se meurt, inondant une derniére fois les plaines et collines de reflets chatoyants ; se lève la lune que les anciens appellent phoebe. Les nocturnes hantent le coeur des hommes de leurs hululements. Ils les poussent à enfermer ces enfants dans la téte desquels naissent des monstres et les dantomes que les contes associent à l'obscurité.

Je ne sais pas pourquoi, je me sens mieux la nuit, à l'abri des regards inquisiteurs. Personne dans les rues, le monde à soi. Aucune voiture, ou peu, aucun bruit. La nuit mon travail est plus prolifique. Bizarrement, la faible lueur d'une lampe, le scintillement de quelques étoiles épargnées par la pollution lumineuse urbaine, motivent mon imagination. Pourquoi dormir, quand on pourrait mieux vivre la nuit.

Le froid et l'obscurité décuplent ma volonté. Quelle joie de courir inlassablement à travers champs, à bout de souffle, de rendre en un cri un dernier salut au soleil mourant. Le coeur gonflé d'air pur, l'esprit vagabond dans ce monde méconnaissable, métamorphosé, là où la limite entre le monde des vivants et celui des morts se réduit à un firmament. Là où les esprits des témoins d'un autre temps envahissent les notres, leur insufflant un peu de leur vie passé. Là où le voile ténu qui sépare deux mondes disparait.

10 ans

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