Les chemins de la violence

Je n'aurais jamais pensé avoir à licencier quelqu'un. J'ai choisi naïvement une carrière dans la formation pour aider les autres : les accompagner dans leur prise de fonction, leur faire aimer leur métier, leur ouvrir de nouveaux horizons, les écouter, renforcer leur confiance en eux, les regarder s'épanouir et les inviter à partager leurs pratiques. Je suis RH. Je pensais avoir choisi la voie du rire, de l'échange, de l'étonnement. La voie du savoir et la puissance de la voix. Jamais le pouvoir. Et pourtant, je le sais, peu à peu, j'ai emprunté les chemins de la violence.

 

La violence de l'entreprise n'est pas une injonction. Pas au départ. Elle est véhiculée par une atmosphère, une culture à laquelle vous accepter de vous soumettre. D'abord spectateur face à cette nouveauté qui vous échappe, vous cherchez à vous adapter. Puisqu'aucune voix ne s'élève contre les propos et les actes destructeurs, il vaut mieux taire cette pensée qui vous assaille. Vous passeriez pour marginal, refusant le changement, et votre période d'essai serait rompue.

Alors j'ai accepté. Sous l'emprise du plus fort, je me suis sali les mains. Je suis devenu moi-même outil et bourreau. Dans quel objectif ? Pour sauvegarder quoi ?

Je me souviens de ce premier type. Une personne. Pas un effectif. J'ai rompu sa période d'essai. Pas parce qu'il ne faisait pas l'affaire, non, mais uniquement par crainte qu'il ne fasse pas l'affaire. "Quand il y a un doute, il n'y a pas de doute" Quand vous entendez ce genre de connerie à longueur de journée et que vous finissez par y croire alors que vous même avez grandi à l'aune du scepticisme, c'est que vous êtes devenus comme eux.

L'expérience s'est reproduite. On attendait de moi d'aller toujours plus loin, de frapper plus fort. Puisque j'acceptais la violence et que j'étais capable de la produire, les injonctions étaient désormais explicites : Il faut marquer les esprits", "tu le sors", "j'en ai rien à caisse", "il rentre chez lui".

Peu à peu, mon éthique et ma belle vocation disparaissaient. J'ai même usé et abusé de bienveillance pour obtenir des informations que je retournerais par la suite contre ma cible. J'avais honte.

 

Jusqu'où sommes-nous capables d'accepter ? Me serais-je arrêter si cette violence ne s'était pas retournée contre moi ? Bien fait pour ma gueule. Ne faîtes jamais confiance aux RH.

 

mensonge