Babeth

À toi la fille du port, oui toi qui restes au nord,

Qui me regardes dans l’air du matin,

De mon île jusqu’à ton Lille,

De mon lit jusqu’à ta ville

Il y a cent mille et un chemins.

Qu’on vive à Nantes qu’on vive à Vienne,

Qu’on vive ailleurs qu’on vive à Sienne,

Ou même à Roubaix, tant qu’on est un.

Tant qu’on éteint les feux du ciel,

T’en connais un qui s’émerveille,

De la simple rumeur de tes seins.

 

Moi j’ai les crocs Babeth,

Et ton corps est un festin.

Il a l’odeur des cigarettes,

Et des fantasmes des lycéens.

Il a l’odeur du souffre

Et des nuits, oui des nuits, sans lendemains

 

Et à Paris lors de l’automne, dans des taudis, des chambres de bonnes,

On s’est serré face au destin

Quand les années se sont tassées

Quand la bohème en eut assez

Je t’ai vue filer dans le lointain

Dans les diners, chez les vautours

Dans les alcools, et les faubourgs

Dans les pubs, et les cafés bruns

Brin d’ignorance, de suffisance,

Plein de superbe et d’arrogance,

On s’est promis de ne pas connaître la fin !

 

Te souvient-il Babeth,

De nos périples européens

On en a traversé des rives,

Lors des étés Nietzschéens,

On en a traversé des crises,

Le noir et la douleur au creux des mains

 

Moi j’ai les crocs Babet,

Et ton corps est un festin.

Il a l’odeur des cigarettes,

Et des fantasmes des lycéens.

Il a l’odeur du souffre

Et des nuits, oui des nuits, sans lendemains

 

 

Benjamin Dufossé