Jamais seule

Ils sont deux

Dans ma tête depuis ce matin

Depuis un rêve affreux

Qui dans le réel survient

Ce qui m’émeut

Ce que de moi je retiens

C’est que j’aime trop peu

Ou pas assez bien

 

Ils sont trois personnes

Que j’avais oubliées

C’est en moi que rayonnent

Leurs mines affligées

Des souvenirs qu’on emprisonne

Des pensées refoulées

Et alors on s’étonne

D’en être submergé

 

Ils sont quatre alors

Le surlendemain

Ils s’installent, dévorent

Ce que j’avais de bien

Ils s’entassent encore

L’air de rien

Pour faire place aux remords

Pour faire place au malsain

 

Ils sont cinq

Qui m’incitent à me taire

Je voudrais vaincre mes craintes

Et leur faire la guerre

Ce qui m’éreinte

C’est que je dois les laisser faire

Cette empreinte

Qui semble me satisfaire

 

Car je ne suis jamais seule

 

Ils sont six maintenant

Ils parlent en même temps

Ils ont tous raison mais pourtant

Moi je ne sais plus quoi faire

Prendre une décision

Devient le dilemme du siècle

Trop de problème, j’arrête

C’est comme vivre en enfer

 

Ils sont sept, et me répètent

Ce que je ne veux pas savoir

Ils surviennent dans mon périmètre

Près de moi viennent s’asseoir

Ils sont sept petits maîtres

Qui jouent à m’émouvoir

Ils me donnent un air bête

En me racontant des histoires

 

Ils sont sept dans ma tête !

 

Ils son huit

Huit ça fait beaucoup

J’aimerais prendre la fuite

Mais ils sont partout

Ils font que j’existe

Malgré tout

Huit ça m’invite

A être folle, je l’avoue

 

Ils sont neuf à l’intérieur

C’est un peu contraignant

Pour les amis qui d’ailleurs

Ne me parlent plus vraiment

Pour me comprendre, ça prend des heures

Et les gens n’ont pas le temps

Dans un monde l’on demeure

Si l’on gagne de l’argent

 

Ils sont dix, voyez la scène

Ils sont dix dans mon esprit

Ils sont dix, voyez la peine

Avec laquelle je vis

Partout où je vais ils viennent

Pour me tenir compagnie

Si j’étais seule, je serais sereine

Mais je goûterais à l’ennui

 

Ils sont onze à présent

Ça fait du monde à nourrir

Alors je lis de plus en plus souvent

Je tente de les instruire

Car c’est ensemble maintenant

Que l’on doit se construire

Puisqu’ils sont là pour un moment

Ils me regarderont partir

 

Ils sont douze petits êtres

Qui n’obéissent jamais

Qui refusent de se soumettre

Qui me tiennent éveillée

Je ne suis plus maître

De mes pensées

Lorsqu’ils me répètent

Des choses chères à me rappeler

 

Faire de la place !

 

 

Je voudrais pendre à l’intérieur

Ceux qui ne s’amusent de rien

Ceux qui ne savent me rendre meilleur

Ceux qui ne font rien de bien

 

Je rêve de pendre à l’intérieur

Faire de petits suicides collectifs

Pour laisser la place au bonheur

A quelques espoirs furtifs

 

Repose le corps

Dans un accord

Se désaccorde pour de bon

Trouver la corde

Parfaite discorde

Et reposer mon front

Pour moins de ride

Pensées sordides

Nulles sensations

Quand m’appelle le vide

Lui comme un guide

Qui crie mon nom

 

Mais ils sont treize

 

Ils sont treize

Et se partagent ma tête

Cervelle qu’on assiège

Qu’il n’en reste plus une miette

Treize êtres qui pèsent

Dans ma personne fluette

Et moi je gueule pour qu’ils se taisent

Et me laisse m’en remettre

 

Ils sont quatorze fantômes

Des oublis retrouvés

Qui ne se développent qu’à moitié

Méli-mélo insensé

Mélancoliques atomes

Amnésiques pensées

Obliques, affligées

Et ne me quittent jamais

 

Je suis quinze Aujourd’hui

J’ai accepté l’évidence

De la personne que je suis

Entre raison et démence

Lorsque je me suis dis

Que ça n’avait plus de sens

Que c’était infini

J’ai retrouvé de l’aisance

 

Car ce que l’on constate

Une fois le monde observé

C’est que d’autres se mettent en quatre

Pour se tranquilliser

Ils font face aux contrastes

D’un monde tout entier

De ces gens qui nous frappent

Par tant de vies traversées

 

 

Noémie Moal