Monsieur (loin d'Arras)

Et quand je marche dans tes rues,

Je me repasse les films d’hier

Mais il a fermé le bar « chez la vieille »

Et toi Mathilde, on s’est perdu

Les militaires sont dans le Sud

Et leurs casernes sont des déserts

Il n’y a plus d’ennemis, plus de CPE,

Et dans le parc, même plus de bières !

 

Même si les gens m’appellent Monsieur

Il reste ici encore un lieu

Pour faire revivre mes souvenirs

Même si les gens m’appellent Monsieur

Dans ce bahut, cette ville du Nord

On sera tous restés des potes, des camarades

 

Devant le beffroi, je regarde les filles

Et je me sens vieux, comme un pervers

Y’a des jeunes au café, qui rigolent,

Et putain, j’reconnais personne

Et toi Mathilde, on s'est croisé,

Dans le métro, et tu ne m’as pas vu

Tu as fait semblant de ne pas me voir

Car à Paris on fait semblant de ne pas savoir

 

Même si les gens m’appellent Monsieur

Il me restait encore des rêves

Et des sentiers à parcourir

Même si les gens m’appellent Monsieur

Il me restait encore la force

De dérouiller les fatalismes et l’avenir

 

Mais toi, sans le vouloir

Mathilde, tu m’as tué

Tu m’as volé ma mémoire

D’un seul regard détourné

A quoi, me sert encore

De prier les reliques du passé

Si elles n’ont de sens que dans cette ville

Et que nous tous, on l’a quittée

 

Maintenant que les gens m’appellent monsieur

Il ne me reste que des vestiges

Pour faire pleurer mes souvenirs

Ici les gueules ne changent pas,

Y a que les remparts qui s’effritent

Et qui emportent les amitiés loin de la ville (loin d’Arras, loin du lycée)

 

Benjamin Dufossé