Une heureuse nouvelle

  • Par umdp
  • Le 23/06/2016
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Chers amis, chère famille, voilà. Je ne savais pas comment vous l’annoncer, donc je profite de ce blog pour le faire. Cela fait plusieurs mois que nous nous y préparons, et nous avons décidé de garder le secret, mais désormais c’est officiel : nous attendons un petit garçon.

Je sais que j’ai souvent dit que je ne voulais pas faire d’enfant, et vous qui en avez, vous me répondiez en souriant « tu verras d’ici quelques années ». Vous aviez tellement raison. On ne peut pas lutter contre ça. Alala, nous sommes tellement contents. Je vous avoue qu’on hésite pour le prénom : ce sera Léo, Théo, Timeo, Marin ou Marcel. J’ai proposé à ma femme de combiner tout ça en « Marsouin » mais ça ne lui a pas trop plu.

Je le sais déjà, parce que vous m’avez prévenu, que le jour de la naissance sera l’un des plus beaux moments de ma vie. Je me sens déjà différent, j’envisage les nouvelles responsabilités, et je vous rejoins quand vous disiez : « on n’est jamais totalement un adulte tant qu’on n’est pas devenu parent ». Je ne vous raconte pas le choc quand ma femme m’a appris qu’elle était enceinte : ce fut radical. Je me suis rendu compte à quel point j’étais égoïste avant. Je ne pensais qu’à moi, alors que maintenant, c’est sûr, j’aurai à m’occuper d’un petit être qui me ressemblera un peu. Qui sera mon sang et mes gènes. Impossible de rester égoïste n’est-ce-pas ?

Mon fils, avant de t’avoir, ta mère et moi nous sommes posés des tas de questions. Est-ce le bon moment ? Arriverons-nous à t’éduquer selon des valeurs humanistes ? Serons-nous de bons parents ? Seras-tu utile à la société ? Dans quel monde vas-tu grandir ? Le rendras-tu meilleur ? Est-ce bien sérieux quand nous sommes 7 milliards ?

Je sais que vous, mes amis, vous vous êtes tous posés les mêmes questions. Mais bon, au bout d’un moment, le désir est plus grand. Et puis, on n'a qu’une seule vie, on ne va pas non plus la passer à se questionner sur tel ou tel impact de chacun de nos actes. Avoir des enfants, c’est la nature ! On ne peut pas aller contre ça.

Mon fils, je ne me fais pas de souci pour toi. Je sais que nous avons les moyens matériels et intellectuels pour t’accueillir. Maman et moi avons fait de bonnes études, nous avons des situations confortables, une belle maison et des boulots qui nous plaisent (même s’ils nous éloignent souvent de la maison). Contrairement aux gamins de la ville d’à côté, tu ne manqueras de rien. Tu auras un parcours scolaire brillant, qui te permettra de choisir les études et le travail de tes rêves. Nous serons à tes côtés pour t’aider, et si tu éprouves des difficultés, nous te payerons du soutien scolaire chez Acadomia.

un canard blanc sur un lac... c'est un signe

Mon fils, dans 15 ans, nous serons 8,5 milliards d’êtres humains sur Terre. 8,5 milliards de producteurs de méthane, de producteurs de plutonium, de producteurs de dioxyde de carbone, de producteurs de plastique. En 2030, nous vivrons donc avec moins d’eau potable, moins de forêts, moins de poissons, moins de terres cultivables. Moins d’espace en somme. Je le savais bien avant ta naissance.

Que pouvais-je y faire ?

Tu sais bien que ce n’est pas un enfant de moins né en France qui aurait changé la donne. C’est en Afrique, en Inde ou en Chine qu’ils sont trop. Nous, nous avons assez pour nourrir tout le monde. Comment aurais-je pu faire ? Refuser de te voir naître ? Enfin, tu racontes n’importe quoi : c’est égoïste de ne pas faire d’enfant. Et puis toi d’abord, tu n’aurais pas connu la vie. Tu m’en aurais voulu de ne pas être né.

« Comment aurais-je pu t’en vouloir puisque je ne serais pas né ? »

Euh. Alors là, Marsouin, je trouve que tu dépasses les bornes. Je suis ton père quand même. Tu me dois la vie.

« La vie ? Une vie à me demander ce que je fous là ? Une vie à craindre pour des privilèges que je n’ai mérités que par le seul hasard de mon lieu de naissance ? Une vie à m’apitoyer sur mon impuissance à bousculer les lignes ? Une vie à tromper l’ennui par l’alcool, la bouffe, le tabac et les jeux vidéo ; parce que l’abondance, le confort et la télé m’ont ôté tout désir de révolution, d’évolution, de volution ? Une vie à te voir vieillir, ton regard pas très confiant dans l’avenir, mais dans le fond bien satisfait d’avoir lâché trois gouttes de sperme pour assurer la survivance de la moitié de ton génome ? Tu as rajouté une vie de plus à l’espèce humaine : bravo Papa ! C’est cool ! Regarde, toute l'humanité t'applaudit, c'est vrai qu'on manquait de bras. Eh bien, si c’est ce que tu souhaites, merci pour cette vie. »

Fils, tu me fais beaucoup de peine. Ton cynisme n’aide en rien. Est-ce que l’on fait des enfants pour qu’ils vous accusent de n’avoir rien changé ? Pour qu’ils vous accusent de l’état du monde ? Moi, je voulais un enfant. Je l’ai fait pour moi. Tu seras la trace de mon passage sur Terre. Tu porteras mon héritage et mes valeurs. Quel est le rapport entre l'évolution de l'espèce humaine et mon propre désir ? J'en ai rien a carrer des autres ! J’ai fait un enfant parce que je le pouvais, et je voulais prouver que je le pouvais. Est-ce un crime pour autant ?

« Il fallait y penser avant. On ne fait pas des enfants comme on achète une télé. Comme ça, sur un coup de tête, en se disant qu’au pire, on pourra l’échanger contre une plus grosse.
Je vis, merde, je respire, je parle, je pense, et je vais mourir un jour. Et tout cela, c’est aussi à cause de toi. T’est-il arrivé d’y penser ?
Et puis tant qu'on y est, t'est-il arrivé de penser à ces enfants qui naissent sans parent ? Tu t'es jamais dit, toi qui voulais tant un gosse :"je pourrais peut-être adopter" ? Ah bah non, tu voulais à tout prix que tes gosses soient vraiment "les tiens" hein, c'est ça ?
Mais, cher Papa, t’est-il arrivé de "penser" tout court ?
»

Oui mon fils. J’y ai pensé un jour. J'ai pensé. 
Puis j’ai pensé à moi. Et dès lors, je n’ai pensé qu’à moi.

mensonge

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